jeudi 1 décembre 2016

Retour sur l'élection de 2008

Le 8 décembre 2008, les électeurs québécois reconduisait les Libéraux de Jean Charest au pouvoir avec un gouvernement majoritaire. Le Parti québécois, mené par Pauline Marois, retournait à l'Opposition officielle après la désastreuse élection de 2007 sous la gouverne d'André Boiclair. L'Action démocratique du Québec, Opposition officielle depuis l'élection de 2007, s'effondrait - passant de 34 sièges à l'Assemblée nationale à seulement 7. L'ADQ obtenait seulement 16% des suffrages, une chute dramatique de 14 points par rapport à 2007. Ce fut la dernière élection de ce parti.

La démographie des électeurs québécois a changé depuis 2008 - la carte électorale aussi. Voici quelques uns des changements apportés à la carte depuis:
  • Matane et Matapédia ont été fusionnées en une seule circonscription. Il en est de même pour Lotbinière et Frontenac;
  • Sainte-Rose devient la sixième circonscription de Laval; 
  • Des nouvelles circonscriptions dans la couronne de Montréal: Saint-Jérome, Repentigny, Montarville, Sanguinet
Qu'est-ce que le modèle électoral actuel donne comme résultats si on entre les données de 2008? Évidemment, je ne vais pas redessiner toutes les circonscriptions, mais en regroupant les résultats par région et en prenant une moyenne pondérée, les données du modèle sont intéressantes.

Commençons par rappeler les résultats de l'élection de 2008:
  • PLQ: 66 sièges, 42,1%
  • PQ: 51 sièges, 35,2%
  • ADQ: 7 sièges, 16,4%
  • QS: 1 siège, 3,8%

En utilisant le modèle actuel, voici les résultats des simulations avec les données de l'élection de 2008: 

En traitant les résultats de 2008 comme un sondage avec une incertitude typique, voici la distribution des résultats des simulations:

Avec ces chiffres, une victoire libérale survient dans 99,2% des simulations (98% majoritaire, 1,2% minoritaire). Le PQ remporte 0,8% des simulations (0,4% majoritaire et 0,4% minoritaire).



On voit que le modèle surestime quelque peu l'efficacité du vote libéral et sous-estime par une marge similaire les résultats péquistes et adéquistes. Comment expliquer cet écart?
  • L'ancienne circonscription de Frontenac était solidement libérale. Sa fusion avec Lotbinière (anciennement adéquiste) l'a rendu plus compétitive.
  • Les nouvelles circonscriptions dans la couronne de Montréal font maintenant partie de la base caquiste (à l'exception de Saint-Jérôme qui est demeurée péquiste. Je garde un oeil sur l'élection partielle du 5 décembre prochain);
  • Devant une certaine rémontée du PQ à l'époque, plusieurs circonscriptions libérales de l'ouest de l'île ont vu leurs taux de participation monter quelque peu. Résultat: une plus grande fraction du vote libéral, mais sans ajout de sièges.
Certainement, d'autres facteurs m'échappent, mais il est clair que les changements adoptés à la carte électorale depuis 2008 ont eu comme effet d'améliorer la représentation du vote populaire: en toute logique objective, est-ce qu'un parti qui remporte environ 42% du vote devrait gagner 90 sièges sur 125 (comme c'est le cas dans quelques simulations du modèle)? 

Je serais intrigué de revisiter l'élection Charest vs Bouchard de 1998, où le PQ a remporté une majorité confortable en perdant le vote populaire par une fraction de point, mais ce sera pour un futur billet.