dimanche 17 septembre 2017

[2e partie] Le vote des femmes, le vote des hommes

Dans cette deuxième partie de cette série de billets sur les similarités et différences entre les intentions de vote des femmes et des hommes au Québec, nous allons utiliser les données présentées dans la première partie et les entrer dans les cartes électorales du modèle Qc125.

L'exercice sert à présenter quelles circonscriptions sont susceptibles de changer de couleur si les intentions de vote varient de quelques points à peine. Comme nous le verrons dans les multiples cartes ci-dessous, la fameuse « division du vote » peut aider et peut nuire à tous les partis d'une façon ou d'une autre selon les régions.

À lire aussi:


Important: il est à noter que les pourcentages indiqués sur les cartes représentent les probabilités de remporter la circonscription - et non la projection du vote populaire.

Pour obtenir ces données, j'ai effectué 50 000 simulations avec la projection du vote des femmes et 50 000 autres avec la projection du vote des hommes.

Sans plus attendre, voici les cartes.




Montréal (est)



Les cartes pour l'est de Montréal sont généralement similaires, mais il y a deux exceptions importantes.

D'abord, en utilisant la projection du vote des femmes, le chef péquiste Jean-François Lisée ne serait plus favori dans sa circonscription de Rosemont où Québec Solidaire remporterait 55% des simulations.

De plus, la circonscription de Laurier-Dorion serait un « pile ou face » entre le Parti libéral et Québec solidaire, avec QS comme léger favori (53%).





En utilisant le vote des hommes, ces deux mêmes circonscriptions demeurent des comtés pivots, mais leur couleur respective change: le PQ serait favori dans Rosemont et le PLQ dans Laurier-Dorion.



Laval



Les circonscriptions de l'Île-Jésus ont été plutôt fidèles au Parti libéral dans les récentes élections générales. La projection actuelle du vote des femmes continuerait cette tendance. Le seul comté pivot sur la carte ci-dessous est Sainte-Rose, où le PLQ remporte deux tiers des simulations.





Avec le vote des hommes, les deux circonscriptions au centre de l'île seraient en danger de changer de couleur. En effet, non seulement Laval-des-Rapides deviendrait un comté pivot, mais la CAQ serait même favorite dans Sainte-Rose.



Couronne nord



La dernière projection Qc125 donne la CAQ favorite dans tous les six comtés de la Couronne nord (Terrebonne est le seul comté pivot).

Si le vote national s'enlignait avec le vote des femmes, la carte changerait quelque peu: le Parti québécois serait favori dans TerrebonneBlainville deviendrait un comté pivot - avec la CAQ toujours favorite.





Avec le vote des hommes, cette sous-région des Laurentides serait probablement entièrement caquiste. En effet, la CAQ balaie les six circonscriptions - y compris Terrebonne (qui se trouve juste hors du seuil des comtés pivots).




Laurentides-Lanaudière




La grande région des Laurentides et de Lanaudière contient de nombreux comtés pivots. Elle fait donc partie de celles qui seront le plus affectées par les différences entre le vote des femmes et des hommes.

Avec le vote des femmes, le Parti québécois dominerait cette région du Québec. Argenteuil (comté pivot) serait probablement encore libéral. Masson, Repentigny et L'Assomption (circonscription du chef François Legault) demeureraient solidement caquistes, mais les autres? De Berthier à Joliette à Saint-Jérôme... le Parti québécois serait le grand favori de tous ces comtés (qu'il a d'ailleurs tous gagnés en 2014).





Du côté des hommes, c'est une tout autre histoire. Comme la CAQ est environ 6% plus élevée (en moyenne) chez les hommes que chez les femmes, la région entière pourrait potentiellement passer au turquoise (il y a totue de même plusieurs comtés pivots) - à l'exception de Labelle qui demeurerait péquiste.




Montérégie (est)



L'est de la Montérégie se comporte un peu de la même façon que Laurentides-Lanaudière. Avec le vote des femmes, les châteaux forts de Vachon et Richelieu demeureraient solidement péquistes. De plus, le PQ remporte 67% des simulations dans Taillon et 62% dans Saint-Jean. L'ancien bastion péquiste Borduas serait aussi prenable pour le PQ.

Les comtés caquistes de Chambly, Iberville et Saint-Hyacinthe seraient tous des comtés pivots entre le PQ et la CAQ.





Avec le vote des hommes, l'est de la Montérégie serait emportée par une vague turquoise. Seule Marie-Victorin demeurerait solidement péquiste. Même le bastion de Verchères serait en danger de changer de couleur.




Capitale nationale



La région de Québec, avec ses récentes sautes d'humeurs électorales, sera un intéressant champ de batailles électorales entre le PLQ et la CAQ. En effet, nous devrions nous attendre à de nombreuses circonscriptions chaudement disputées l'an prochain dans la Capitale nationale. La projection actuelle dénombre pas moins de 5 comtés pivots sur les onze circonscriptions de la région.

Si le vote national s'enlignait avec le vote des femmes, le PLQ reprendrait la tête de plusieurs comtés jadis considérés comme des bastions libéraux: Louis-Hébert, Jean-Talon, Vanier-les-Rivières et Montmorency. Charlesbourg demeurerait un comté pivot, mais le PLQ serait toujours favori.




Le vote des hommes est une autre histoire. Nous serions témoins d'un raz-de-marée turquoise partout à Québec, sauf dans Taschereau, « le village gaulois », où le PQ tient toujours le coup (dans le langage d'Astérix: « il résiste encore et toujours à l'envahisseur »).

Regardez tous ces petits rectangles rouges «2014» sur la figure. Ces députés libéraux auraient raison de s'inquiéter pour leur poste.





Chaudière-Appalaches



En ne considérant que le vote des femmes, la carte électorale serait identique à celle de l'élection de 2014. La CAQ prendrait Lévis, Chutes-de-la-ChaudièreBeauce-Nord et les Libéraux, tout le reste.




Avec le vote des hommes, toute la région pourrait tomber aux mains de la CAQ. Les Libéraux seraient toujours favoris dans Côte-du-Sud.





Centre du Québec et Mauricie



Les quatre circonscriptions du Centre du Québec sont maintenant des châteaux forts caquistes, mais, de l'autre côté du Pont Laviolette, le portrait est bien différent. Le PLQ a balayé la Mauricie en 2014, mais il pourrait potentiellement être chassé de la région selon la dernière projection.

Avec le vote des femmes, le PLQ pourrait conserver Trois-Rivières et gagner la nouvelle circonscription de Laviolette-Saint-Maurice. Champlain et Maskinongé seraient des comtés pivots chaudement disputés.





Chez les hommes, tous les comtés libéraux seraient en danger.




En résumé



Voici les cartes des 125 circonscriptions avec les simulations du vote des femmes et des hommes.

(Cliquez pour agrandir.)





En conclusion


Cette série de billets aurait pu s'intituler « Et si que les femmes/hommes ne votaient? » Ce titre aurait sans doute été plus accrocheur, mais il n'aurait pas été honnête. Certes, les sondages nous indiquent qu'il y a une différence de quelques points entre les intentions de vote des femmes et des hommes, mais sommes toutes, les différences ne sont pas dramatiques.

(Imaginez si nous avions un parti ayant l'appui de 45% des hommes, mais seulement 20% des femmes. Un tel contraste serait certainement signe d'un déséquilibre politique troublant. Mais ce n'est pas le cas!)

J'ai donc décidé de titrer les sections de ces billets « Et si le vote des Québécois s'enlignait avec les femmes/hommes? » afin de démontrer, avec chiffres et figures, à quel point les projections de sièges sont serrées à l'heure actuelle.

Comme vous avez pu le constater, quelques points à peine dans certaines régions clés peuvent faire la différence entre un gouvernement majoritaire et minoritaire, entre une victoire et une défaite.


Sur ce, bon dimanche à tous et à toutes! Si vous avez apprécié ce billet, merci de le partager!




Philippe J. Fournier est le créateur de Qc125. Il est professeur de physique et d'astronomie au Cégep de Saint-Laurent à Montréal. Pour toute information ou pour une demande d'entrevue médiatique, écrivez à info@Qc125.com.

Philippe J. Fournier is the creator of Qc125. He teaches physics and astronomy at Cégep de Saint-Laurent in Montreal. For information or media request, please write to info@Qc125.com.

Twitter: @Qc_125

Facebook: @Qc125


samedi 16 septembre 2017

Le vote des femmes, le vote des hommes [1e partie]

Il y a deux semaines, nous avons jeté un regard aux sous-échantillons habituellement étudiés par les firmes de sondages au Québec: la région métropolitaine de Montréal, la région métropolitaine de Québec, le reste du Québec, les francophones et les non-francophones.

Ces chiffres nous renseignent certes sur les ressemblances et similarités des différentes régions et ensembles démographiques du Québec, mais qu'en est-il des femmes et des hommes?

Y a-t-il une différence significative entre le vote des Québécoises et des Québécois?

[Ajout: cliquez sur ce lien pour lire la deuxième partie de ce billet qui contient les cartes électorales.]

J'ai donc creusé quelque peu pour compiler des chiffres supplémentaires: les intentions de vote séparées selon le sexe des Québécois - et les résultats sont particulièrement intéressants.

[D'ailleurs, j'aimerais remercier les firmes Léger Marketing et Recherche Mainstreet pour leur aide inestimable. Les données brutes utilisées dans cette série de billets proviennent de ces firmes. Je leur en suis reconnaissant.]

Voici les sondages publiés au Québec depuis janvier 2017. Les lignes colorées sont tracées en calculant des moyennes pondérées afin d'amortir les fluctuations normales d'un sondage à l'autre (à noter que le dernier sondage Léger, publié après la dernière projection Qc125, est inclus dans ce graphique).



Nous pouvons constater que, depuis le début de 2017, le vote libéral est stable entre 30% et 34%. Le vote caquiste a légèrement augmenté et a profité de la baisse du vote péquiste. Québec solidaire a grimpé de façon abrupte au printemps et semble avoir atteint un nouveau plateau au cours de l'été.

Maintenant, regardons ce que disent les sondages sur les intentions de vote des femmes au Québec:



Quelques observations:

  • Les intentions de vote des Québécoises pour le Parti libéral du Québec sont marginalement plus élevées que la moyenne nationale. On ne remarque pas de hausse ni de baisse importantes depuis le Nouvel An. 
  • Similairement, la Coalition Avenir Québec n'a pas vraiment bougé dans les intentions de vote des femmes depuis janvier. Toutefois, le vote caquiste féminin est clairement sous la moyenne caquistes nationale. Nous y reviendrons.
  • Le Parti québécois a perdu beaucoup d'appuis auprès de l'électorat depuis l'hiver dernier. Chez les femmes, on remarque une chute d'environ 6%, soit bien au-delà de la marge d'erreur. Malgré tout, le vote péquiste des femmes est tout juste supérieur à la moyenne péquiste nationale.
  • Québec solidaire est le parti qui a le plus progressé au Québec depuis le printemps, mais nous ne savons pas encore si cette hausse est durable ou simplement une lune de miel éphémère. Néanmoins, à chaque sondage (ou presque), le vote solidaire féminin est systématiquement plus élevé que la moyenne nationale.  


Regardons maintenant les données des mêmes sondages, mais cette fois pour le vote des hommes au Québec:



Quelques observations:

  • Les intentions de vote des hommes pour le Parti libéral du Québec semblaient être en voie de tomber au deuxième rang au début de l'été, mais les deux derniers sondages ont été plutôt favorables au PLQ. Toutefois, nous pouvons remarquer que les intervalles de confiance du PLQ et de la CAQ se croisent significativement. Le vote libéral masculin, légèrement sous la moyenne nationale, est définitivement moins dominant que le vote libéral féminin. 
  • De son côté, la Coalition Avenir Québec obtient des appuis plus élevés chez les hommes que les femmes et la différence est considérable: il y a environ 6% d'écart entre les appuis féminins et masculins. Il n'est pas de mon rôle ni de mon expertise d'expliquer pourquoi cet écart est aussi important, mais cette différence est bien réelle: elle a été mesurée de façon constante sur plusieurs mois de sondages.
  • Le Parti québécois a historiquement bien performé auprès de l'électorat masculin au cours de son histoire, mais il a perdu près de 10% d'appuis chez les hommes depuis l'hiver dernier. Alors qu'il était presqu'à égalité statistique avec le vote libéral l'automne dernier, les appuis péquistes masculins ont fondu et se trouvent à près de 7% derrière la CAQ et 9% derrière le PLQ.
  • Les appuis masculins de Québec solidaire ont progressé au printemps, tout comme les appuis féminins, mais ils demeurent tout de même quelques points sous la moyenne nationale du parti.  

Alors, que faire maintenant avec ces données?


J'ai d'abord repris les chiffres de la dernière projection Qc125 (18 août 2017), puis j'ai ajouté le dernier sondage Léger, ainsi que les chiffres des sondages des graphiques plus haut. J'ai ensuite lancé le simulateur afin de calculer quelles seraient les projections du vote populaire et les projections de sièges si le vote national s'enlignait avec le vote féminin et le vote masculin.

Dans la deuxième partie de cette série, publiée demain, nous regarderons les différences et similarités des distributions régionales, y compris des cartes colorées!


Sur ce, commençons.


Et si le vote national d'enlignait avec le vote des femmes?



Chez les femmes québécoises, même si le vote est hautement divisé (comme le reste de la population d'ailleurs), le Parti libéral remporte le vote populaire dans chacune des 50 000 simulations effectuées. En effet, comme la CAQ est significativement plus basse chez les femmes, le PLQ possède une avance moyenne de plus de 8% sur son plus proche rival.



La Coalition Avenir Québec et le Parti québécois font lutte pour le deuxième rang. En moyenne, la CAQ obtient 0,6% de plus que le PQ. La CAQ termine deuxième au vote populaire dans 59% des simulations.

Finalement, Québec solidaire obtient en moyenne 16,2% du vote féminin, ce qui lui permet de faire de nouvelles percées dans la projection de sièges (voir plus bas).

Avec une telle avance au vote populaire, c'est sans surprise que le PLQ détienne un sérieux avantage dans la projection de sièges. Considérez la figure suivante:



Avec environ le tiers du vote populaire et le reste de l'électorat divisé, le Parti libéral remporte haut la main la projection de sièges avec 57,3 en moyenne.

Loin derrière se trouve le Parti québécois avec une moyenne de 34,4 sièges - oui, le PQ est en deuxième place au total des sièges, même s'il est troisième au vote populaire. Avec un électorat aussi divisé, le PQ est fortement avantagé par l'efficacité de son vote.

Attention toutefois: les intervalles de confiance sont plutôt larges, car de nombreux comtés pivots entre le PQ et la CAQ demeurent hautement incertains.

Au total, un peu plus du quart des simulations résultent en un gouvernement libéral majoritaire:



En ne tenant compte que du vote des femmes, le PLQ remporte 94,4% des simulations. Le Parti québécois doit se contenter d'une probabilité de victoire de 3,6% et la CAQ, de moins d'un pourcent.

Initialement, ces chiffres m'ont jeté par terre, mais en les étudiant attentivement, ils ne sont pas si surprenants: selon les données de la dernière projection, la CAQ est présentement dans le chemin d'une réélection libérale. Comme le vote caquiste féminin est significativement plus bas que la moyenne nationale et que le vote PQ est à peine plus élevé chez les femmes, le PLQ se trouve à avoir le champ libre.


Regardons maintenant le vote des hommes.


Et si le vote national s'enlignait avec le vote des hommes?



Tel que mentionné plus haut, la proportion d'hommes québécois qui appuient le Parti libéral et le Parti québécois est marginalement plus basse que la proportion de femmes.

Les grandes différences entre le vote masculin et le vote féminin au Québec se trouvent dans les intentions de vote envers la Coalition Avenir Québec et Québec solidaire.

Toutefois, comme nous le verrons plus tard, ces quelques points de différence transforment complètement la projection de sièges.

Voici la projection du vote populaire en ne tenant compte que du vote masculin:



Le Parti libéral parvient tout juste à conserver la tête avec un vote populaire moyen de 31,5%. Malgré tout, le PLQ perd le vote populaire dans 40% des simulations à la Coalition Avenir Québec. Le Parti québécois est loin derrière en troisième place et Québec solidaire, encore plus loin derrière.

Dans un billet publié au mois d'août, j'avais calculé que le seuil du 50/50 entre la CAQ et le PLQ était PLQ +2,5%, signifiant qu'avec une avance de 2,5% du PLQ au vote populaire, ses probabilités de victoire tombaient à 50%.

En ne considérant que le vote des hommes, l'avance moyenne du PLQ n'est que de 0,9% sur la CAQ. Résultat? Considérez la projection de sièges suivante:



Les intervalles de confiance de 95% sont importants, mais nous pouvons remarquer le contraste frappant de cette projection avec celle du vote des femmes.

Avec une moyenne de 50,0 sièges, la CAQ serait donc un faible favori pour remporter une pluralité de sièges. Et peut-être même une majorité.

Le PLQ n'est pas loin derrière avec une moyenne de 46,7 sièges. Le Parti québécois serait presque assurément relégué au deuxième parti d'opposition avec une moyenne de 23,5 sièges.

Quelles seraient alors les probabilités de victoire de ces trois partis?



En utilisant les chiffres des intentions de vote des hommes, la CAQ remporte un peu plus de la moitié des simulations, soit 56,0%. Au total, 11,9% des simulations résultent en un gouvernement caquiste majoritaire.

Les probabilités d'une victoire libérale ne sont pas négligeable pour autant: le PLQ remporte 41,4% des simulations, y compris 1,5% avec un gouvernement majoritaire.

Les probabilités d'une victoire péquiste seraient réduites à 0,4%, soit moins d'une simulation sur deux cents.


Comparons les projections de sièges entre le vote des femmes et le vote des hommes. Voici les distributions statistiques pour le PLQ:



Comme nous pouvons le constater, un vote libéral féminin légèrement plus élevé que le vote masculin, ajouté à la division importante du vote, donne un avantage significatif au PLQ sur la projection de sièges.


Pour la CAQ, le contraste est encore plus notable avec presque 25 sièges de différence entre les sommets de la courbe des femmes et celle des hommes:



Nous pourrions même affirmer ceci: si la CAQ performait aussi bien avec les femmes qu'avec les hommes, elle formerait probablement le prochain gouvernement.

Finalement, pour le PQ, même si le vote péquiste féminin est seulement marginalement plus élevé que le vote péquiste masculin, la projection de sièges est considérablement plus élevée du côté féminin, car de nombreux comtés pivots tombent aux mains du PQ par la faiblesse du vote caquiste.




En conclusion


J'ai trouvé cet exercice particulièrement intéressant, entre autre car il illustre à quel point les projections de sièges sont sensibles à une variation d'à peine quelques points.

Dans le billet de demain, nous jetterons un coup aux cartes des projections du vote des femmes et des hommes.

[Ajout: cliquez sur ce lien pour lire la deuxième partie de ce billet qui contient les cartes électorales.]

Certaines régions ne changent pas de couleur selon le sexe des électeurs (l'ouest de Montréal et l'Outaouais par exemple), mais d'autres, riches en comtés pivots, sont sensibles à un écart de quelques points à peine.

C'est à lire demain matin sur Qc125.com!


Bon samedi à tous et à toutes! Merci pour votre support.





Philippe J. Fournier est le créateur de Qc125. Il est professeur de physique et d'astronomie au Cégep de Saint-Laurent à Montréal. Pour toute information ou pour une demande d'entrevue médiatique, écrivez à info@Qc125.com.

Philippe J. Fournier is the creator of Qc125. He teaches physics and astronomy at Cégep de Saint-Laurent in Montreal. For information or media request, please write to info@Qc125.com.

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mercredi 13 septembre 2017

Les pires et meilleurs scénarios pour le Parti libéral du Québec

Nous terminons aujourd'hui cette série de billets sur les pires et les meilleurs scénarios de chacun des trois premiers partis avec le Parti libéral du Québec. Samedi, nous avons profité du congrès national du Parti québécois pour explorer les scénarios péquistes. Lundi, nous avons poursuivi avec la Coalition Avenir Québec.

(Le cas de Québec solidaire serait traité séparément dans un prochain billet.)


Au pouvoir de 2003 à 2012, puis de 2014 à aujourd'hui, le Parti libéral a bien performé au cours des dernières campagnes électorales (en plus de profiter des largesses occasionnelles de ses adversaires). Ce n'est pas étonnant en regardant les chiffres: ils nous indiquent que le PLQ possède la base démographique la plus solide des partis de l'Assemblée nationale. Avec approximativement le quart de l'électorat francophone (c'était environ le tiers en 2014) et une majorité de l'électorat non francophone, le PLQ n'est descendu sous le seuil des 30% dans aucun sondage publié depuis la création de Qc125 à l'automne dernier.

En plus, à l'exception du sondage Mainstreet de mai dernier qui accordait 32% à la CAQ (ce qui, au travers les fluctuations normales des sondages probabilistes, semble avoir été une donnée aberrante), aucun autre parti n'a atteint le seuil des 30% dans un sondage depuis le Parti québécois en décembre 2016.

Pour l'instant du moins, il semble que le plancher du Parti libéral soit plus élevé que le plafond de ses adversaires.

Toutefois, le vote libéral possède une grande faiblesse: il est géographiquement concentré. Donc, malgré qu'il domine les intentions de vote depuis plusieurs mois, le PLQ est tout de même vulnérable quant aux totaux de sièges requis pour remporter une élection générale.

Si le PLQ remporte le vote populaire par 7% (comme en 2008) ou par 16% (comme en 2014%), il sera assurément le vainqueur de l'élection, mais si l'écart se rétrécit suffisamment (comme en 1994, 1998 et 2012), le PLQ peut être battu au nombre de sièges.

Utilisons les données de la dernière projection Qc125 et regardons d'abord les pires, puis les meilleurs scénarios pour le Parti libéral.


Moyenne des 1000 pires simulations pour le Parti libéral du Québec


Les données de la projection accordent un vote populaire moyen de 31,2% au Parti libéral sur la totalité des 10 000 simulations. En prenant seulement les 1000 pires simulations du PLQ, il descend à 28,8% en moyenne.

[Évidemment, comme les simulations ont été filtrées selon le résultat du PLQ, il est normal que l'écart-type et la marge d'erreur soient bien moindres pour ce parti.]



Évidemment, si PLQ devait chuter de la sorte, la CAQ pourrait en profiter et remporter le vote populaire de justesse. Le Parti québécois surperformerait sa moyenne actuelle de 22,9%, mais occuperait toujours la troisième place au vote populaire.

Quelle serait alors la projection de sièges?



Avec le PLQ en chute, la CAQ aurait toutes les chances de prendre le pouvoir, mais regardez attentivement les marges d'erreur du graphique ci-dessous: elles sont énormes! En effet, si le PLQ s'effondre, les projections de sièges deviennent toutes éparpillées.

La CAQ pourrait remporter de 36 à 64 sièges et le PQ, de 16 à 43. Ceci s'explique par la grande quantité de circonscriptions pivots où le PLQ est peu compétitif (en Montérégie et dans les Laurentides, par exemple). Si le vote libéral devait chuter, vers qui se tourneraient ces électeurs? La projection prévoit que plusieurs iraient vers la CAQ et d'autres s'abstiendraient, d'où l'importante incertitude de ces données.

Voici la distribution régionale de la moyenne de ces pires scénarios libéraux:

[Les chiffres de cette figure indiquent le nombre de comtés où chaque parti est favori.]

Le PLQ ne conserverait que ses châteaux forts de Montréal, Laval et l'Outaouais. Les Cantons de l'Est deviendraient multicolores. Le Nord et le Bas-Saint-Laurent tourneraient presque entièrement au Parti québécois. Québec et Chaudière-Appalaches seraient emportés par une vague turquoise.

(Cliquez sur la figure pour l'agrandir.)


Regardons maintenant les scénarios les plus optimistes pour le Parti libéral.



Moyenne des 1000 meilleures simulations pour le Parti libéral du Québec



Dans ces 1000 simulations les plus optimistes pour le PLQ, chacun des trois autres partis sousperforment leurs moyennes respectives de vote populaire. Résultat: la projection de sièges tourne sérieusement au rouge. Regardons de plus près.

Voici les moyennes et marges d'erreur du vote populaire de ces simulations.



En moyenne, le PLQ prendrait une avance de plus de 7% au vote populaire devant la CAQ, ce qui lui assurerait la victoire. À l'intérieur des marges d'erreur du modèle, le Parti québécois obtiendrait le pire résultat de son histoire.

Toujours est-il que le PLQ n'obtiendrait seulement qu'environ le tiers du vote populaire. Nous sommes loin du 41,6% de 2014.

Pour ce qui est de la projection de sièges, nous pouvons constater qu'il y aurait un clair favori pour remporter l'élection:


Le PLQ frôlerait la majorité de sièges avec 59,3 en moyenne. Dans un tel scénario, les trois partis d'opposition détiendraient la balance du pouvoir. (Pouvons-nous imaginer un gouvernement libéral minoritaire travailler avec Québec solidaire?) La CAQ serait favorite pour devenir l'opposition officielle.

D'ailleurs, parmi ces 1000 simulations se trouvent de nombreux scénarios inquiétants pour le PQ, en particulier si la CAQ se maintient à son niveau actuel (avec 27,7% en moyenne). On retrouve des totaux péquistes étonnants comme une vingtaine de sièges, voire même une quinzaine...

Quelle serait alors la distribution régionale?


Les régions de la Capitale nationale et de Chaudière-Appalaches seraient partagées entre le PLQ et la CAQ. Les Libéraux limiteraient les dommages en Mauricie et parviendraient à conserver leurs sièges des Cantons de l'Est.

(Cliquez pour agrandir.)

Petite observation: dans ces 1000 simulations favorables au PLQ, le comté de Rosemont devient orangé dans près de 55% des cas. (Au total, le PQ est toujours favori dans Rosemont, mais ce comté est une circonscription pivot.)



En conclusion



Si on se fie au rythme régulier des sondages de la firme Mainstreet, le quotidien The Gazette devrait publier de nouveaux chiffres tôt la semaine prochaine. J'en profiterai pour ajuster mes chiffres et ainsi publier une nouvelle projection. Au mois d'août, Mainstreet avait mesuré une légère hausse des appuis au Parti québécois, passant de 22% en juillet à 24% au mois d'août. Remontée ou fluctuation? Nous verrons bien.

Ce seront les premiers chiffres depuis le congrès du PQ. Est-ce que la population a porté attention aux politiques proposées? Au vote de confiance de 92,8% pour la chefferie de Jean-François Lisée?


Bonne journée à tous les lecteurs et lectrices de Qc125! Merci pour votre support.






Philippe J. Fournier est le créateur de Qc125. Il est professeur de physique et d'astronomie au Cégep de Saint-Laurent à Montréal. Pour toute information ou pour une demande d'entrevue médiatique, écrivez à info@Qc125.com.

Philippe J. Fournier is the creator of Qc125. He teaches physics and astronomy at Cégep de Saint-Laurent in Montreal. For information or media request, please write to info@Qc125.com.

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lundi 11 septembre 2017

Les pires et meilleurs scénarios pour la Coalition Avenir Québec

Samedi, avec le congrès national du Parti québécois en branle au Palais des Congrès de Montréal, nous avons jeté un coup d’œil aux pires et meilleurs scénarios pour ce parti selon les données de la dernière projection Qc125. Nous avons filtré, parmi les 10 000 simulations effectuées, les 1000 pires et les 1000 meilleurs scénarios afin de calculer les moyennes et marges d'erreur du vote populaire, de la projection de sièges et de la distribution régionale.

Alors, pourquoi ne pas reprendre l'exercice pour les autres partis politiques?

Aujourd'hui, nous regardons quels sont les pires et meilleurs scénarios pour la Coalition Avenir Québec - toujours selon les données de la projection Qc125 du 18 août dernier.


Contrairement au Parti québécois qui a baissé significativement dans les sondages depuis l'hiver dernier, la CAQ semble avoir atteint un nouveau plateau au deuxième rang des intentions de vote. Considérez la figure suivante qui contient la progression des projections Qc125 du vote populaire:




Nous remarquons que ce n'est pas la CAQ qui a nécessairement beaucoup grimpé depuis l'hiver dernier, autant que c'est le PQ qui a régressé. Les Libéraux sont stables. Québec solidaire a certes grimpé, mais le dernier sondage Léger Marketing nous a indiqué que cette lune de miel pourrait être en train de s'estomper. Nous verrons ce qu'il en est avec le prochain sondage de la firme Mainstreet.


Sans plus tarder, regardons d'abord les pires scénarios pour la CAQ. Nous étudierons ensuite les meilleurs.


Moyenne des 1000 pires simulations pour la Coalition Avenir Québec


Les données de la projection nous indiquent que la CAQ obtient un vote populaire moyen de 27,7% avec une bonne quarantaine de sièges, ce qui serait suffisant pour lui assurer le poste d'opposition officielle et, dans environ le tiers des simulations, un gouvernement minoritaire.

Regardons la moyenne des pires 1000 simulations du vote populaire pour la Coalition Avenir Québec (avec les intervalles de confiance de 95%).

[Évidemment, comme les simulations ont été filtrées selon le résultat de la CAQ, il est normal que l'écart-type et la marge d'erreur soient bien moindres pour ce parti.]



En moyenne, dans les 10% de simulations les plus défavorables à la CAQ, elle obtient environ le quart du vote populaire avec 25,3%. Toutefois, ces simulations donnent une avance considérable aux Libéraux qui obtiendraient entre 30% et 35% du vote populaire - en route vers une victoire facile (mais pas nécessairement majoritaire comme nous le verrons plus bas).

Quelle serait alors la projection de sièges?


Toujours en moyenne, la CAQ pourrait retourner à l'Assemblée nationale comme le deuxième parti d'opposition, mais elle augmenterait tout de même son total de sièges par rapport à 2014. Les totaux de sièges sont volatils toutefois: dans l'intervalle de confiance de 95%, la CAQ obtient entre 23 et 37 sièges, alors que le PQ se trouve entre 22 et 46 sièges.

Malgré tout, les Libéraux l'emporteraient haut la main.

Voici la distribution régionale de la moyenne de ces pires scénarios caquistes:

[Les chiffres de cette figure indiquent le nombre de comtés où chaque parti est favori.]

La CAQ conserverait ses châteaux forts de la Couronne nord et du Centre du Québec. Elle partagerait la Capitale nationale avec le PLQ et l'est de la Montérégie avec le PQ.

Elle serait toutefois quasi absente hors des axes Québec-Mirabel et Lévis-Longueuil.

(Cliquez sur la figure pour l'agrandir.)


Plusieurs de ces simulations non favorables à la CAQ donnent au Parti libéral un gouvernement minoritaire fort (entre 58 et 62 sièges). Dans une telle éventualité, chacun des trois partis d'opposition détiendrait la balance du pouvoir. Oui, même Québec solidaire.


Regardons maintenant les scénarios les plus optimistes pour la Coalition Avenir Québec.



Moyenne des 1000 meilleures simulations pour la Coalition Avenir Québec



Dans ces 1000 simulations les plus optimistes pour la CAQ, chacun des trois autres partis sousperforment leurs moyennes respectives de vote populaire.

Voici les moyennes et marges d'erreur du vote populaire de ces simulations.



N'ajustez pas votre appareil, c'est bien la Coalition Avenir au Québec au sommet du vote populaire, mais attention il ne s'agit que d'une moyenne. La CAQ remporte le vote populaire dans la plupart de ces 1000 simulations, mais nous avons une quasi-égalité avec le PLQ autour de 30%.

Le Parti québécois serait le grand perdant d'un tel scénario avec à peine 22% du vote populaire.

Pour ce qui est de la projection de sièges, nous pouvons voir qu'il y aurait un clair favori pour remporter l'élection:


Avec 55,3 sièges en moyenne, la CAQ serait en position de prendre les commandes d'un gouvernement minoritaire avec le PLQ comme opposition officielle. Le Parti québécois serait décimé avec seulement 21,4 sièges en moyenne.

La distribution régionale nous informe beaucoup sur les comtés qui seront déterminants à la prochaine élection. Nous pouvons ainsi voir les scénarios victorieux les plus probables pour la CAQ.

Considérez la figure suivante:



Dans ses meilleurs scénarios, la CAQ balaie littéralement la Couronne nord, Laurentides-Lanaudière, l'est de la Montérégie, la Capitale nationale et Chaudière-Appalaches. Un vrai raz-de-marée turquoise.

Les Libéraux seraient réduits à leurs châteaux forts de Montréal, Laval et l'Outaouais. Parmi ces 1000 simulations, le PLQ parvient à peine à retenir ses comtés des Cantons de l'Est.

Pour le PQ, ce serait l'hécatombe, avec la majorité de ces sièges à plusieurs kilomètres au nord de la Capitale nationale.

(Cliquez pour agrandir.)


En regardant cette figure, il est difficile de ne pas voir une grande séparation entre l'Île de Montréal et le reste du Québec. Pourtant, même si cette différence est démographiquement évidente, elle serait unique au moins depuis le gouvernement de l'union nationale de Daniel Johnson (senior) à la fin des années 1960.

En effet, tous les gouvernements péquistes et libéraux depuis 1970 ont eu une présence significative à Montréal.

En balayant presque tous les comtés entre Québec et les banlieues de Montréal, la CAQ pourrait briser cette tendance.



En conclusion


Depuis quelques projections déjà, la projection de sièges de la CAQ est celle ayant la plus grande incertitude. Ses totaux de sièges dépendent à la fois de la performance des Libéraux à Québec et Chaudière-Appalaches et celle du Parti québécois dans le 450. De plus, plusieurs des circonscriptions où la CAQ est compétitive sont des comtés pivots (moins de 70% de probabilité de victoire).

Les candidats locaux auront une grand rôle à jouer. La « machine » du parti aussi.

La CAQ doit convaincre à la fois les nationalistes modérés du 450 et les électeurs de centre-droite de Québec de lui donner une chance. Ce grand écart semble bien performer dans les sondages, mais tiendra-t-il le coup dans l'urne?



Sur ce, bonne semaine à tous et à toute!




Philippe J. Fournier est le créateur de Qc125. Il est professeur de physique et d'astronomie au Cégep de Saint-Laurent à Montréal. Pour toute information ou pour une demande d'entrevue médiatique, écrivez à info@Qc125.com.

Philippe J. Fournier is the creator of Qc125. He teaches physics and astronomy at Cégep de Saint-Laurent in Montreal. For information or media request, please write to info@Qc125.com.

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