dimanche 12 mars 2017

Les comtés sûrs, solides et pivots de la dernière projection Qc125

Nous continuons ici l'analyse de la projection du 5 mars dernier. Vendredi, nous avons jeté un coup d'oeil aux comtés baromètres des deux dernières élections générales. Aujourd'hui, nous allons regarder quels sont les comtés sûrs, les comtés solides et les comtés pivots de chaque parti représenté à l'Assemblée nationale.

Évidemment, ces probabilités risquent fort de changer d'ici quelques semaines lorsque les sondages des intentions de votes de mars 2017 seront publiés.



Toutefois, avant d'entrer dans les tableaux et les graphiques, définissons quelques termes afin de clarifier le jargon qui sera utilisé dans ce billet:

Un comté sûr est une circonscription où un parti possède une probabilité de 90% ou plus de l'emporter. Ces circonscriptions, à moins d'une vague historique similaire à celle du NPD lors des élections fédérales de 2011, changent rarement de mains. Ce sont, par définition, les châteaux-forts de chaque parti.

Un comté solide est une circonscription où un parti possède une probabilité de victoire entre 67% et 90%. Lorsque plusieurs de ces comtés changent de couleur, le parti au pouvoir est généralement défait. Ces comtés ne peuvent pas (ou ne devraient pas) être pris pour acquis lors d'une élection générale, mais ne devraient pas non plus être l'épicentre d'une campagne. Lorsqu'un parti dépense beaucoup de temps et de ressources dans un comté solide, c'est signe que ce parti joue sur la défensive.

Un comté pivot est une circonscription où aucun parti ne gagne au moins les deux tiers des simulations (arrondi ici à 67%). L'étiquette du parti attaché au comté pivot représente le parti en tête des probabilités de victoire.

Prenons, par exemple, la dernière projection des circonscriptions de la Capitale nationale:




Sur cette carte, nous contastons que:

  • Taschereau est un comté sûr péquiste (probabilité de victoire: 96,2%);
  • Montmorency est un comté solide caquiste (78,6%);
  • Jean-Lesage et Jean-Talon sont des comtés pivots libéraux (56% et 48,3% respectivement);
  • Vanier-Les-Rivières et Charlesbourg sont des comtés pivots caquistes (52,5% et 65% respectivement).
(Cliquez sur ce lien pour consulter la carte complète de la dernière projection.)

En dénombrant la quantité de comtés sûrs, solides et pivots pour chaque parti, nous allons obtenir un meilleur portrait du contexte politique québécois actuel.

Commençons!

Les comtés sûrs


Ce n'est pas une surprise: le PLQ possède la plus grande quantité de comtés sûrs avec 33 au total. Parmi ceux-ci, on retrouve les 13 circonscriptions de la moitié ouest de Montréal, cinq de plus dans la moitié est de Montréal, les 5 comtés des Outaouais et plusieurs autres éparpillés à Laval, dans l'ouest de la Montérégie et jusqu'à la Côte-sud.



Le Parti québécois vient au deuxième rang des comtés sûrs avec 23, dont trois dans la moitié est de Montréal, quatre dans Laurentides-Lanaudière, quatre dans l'est de la Montérégie, quatre sur la Côte-sud et sept dans l'Abitibi, le Saguenay et le Nord du Québec.



De son côté, la Coalition Avenir Québec détient onze comtés sûrs, dont la plupart se trouvent dans le Centre du Québec et sur la rive sud de Québec. On remarque d'ailleurs que la circonscription de Portneuf fait partie de ce groupe, même si elle a passé aux Libéraux en 2014. Il s'agirait ici d'un gain net pour la CAQ.



Finalement, Québec solidaire compte deux circonscriptions sûres, soit Mercier (Amir Khadir) et Gouin (anciennement le siège de Françoise David). Je vais me passer de commentaire sur le potentiel effet de l'élection de Gabriel Nadeau-Dubois jusqu'à ce que les données de Léger soient publiées.



Voici donc les totaux de comtés sûrs pour les quatre principaux partis:




Les comtés solides


Le PLQ détient en tout sept comtés solides. Cependant, parmi eux se trouve Brome-Missisquoi, la circonscription du député maintenant indépendant Pierre Paradis. Il sera intéressant de voir comment le PLQ réagira aux accusations portées à l'endroit de M.Paradis au cours des prochains mois. M.Paradis occupe ce comté depuis 1980 (!), mais on peut parier que la CAQ tentera une offensive dans cette circonscription lors de la prochaine élection.




Le Parti québécois possède un total de neuf comtés solides selon les données de la dernière projection, mais, plus important encore, deux de ces comtés sont présentement des circonscriptions libérales: Rouyn-Noranda-Témiscamingue et Charlevoix-Côte-de-Beaupré.

Un autre comté solide péquiste est la nouvelle circonscription de Prévost (située juste au nord de Saint-Jérôme). Il y a donc possibilité de gain net pour le PQ.

À l'exception de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, la CAQ est deuxième derrière le PQ dans les intentions de vote de ces comtés.



De son côté, la CAQ possède trois comtés solides, dont Montmorency, une circonscription qui a voté libéral en 2014. Le comté de Chauveau a été remporté facilement par Gérard Deltell en 2014, mais Véronyque Tremblay du PLQ a ravi ce comté dans l'élection partielle qui a suivi la démission de M.Deltell.


Québec solidaire ne possède aucun comté solide.

Au total, si nous additionnons les comtés sûrs et les comtés solides, voici où nous en sommes:



Le PLQ est en tête avec 40 sièges et le PQ deuxième avec 32. Loin derrière se trouve la CAQ avec 14 sièges et QS ferme la marche avec 2 sièges.


Les comtés pivots


Le PLQ détient présentement onze comté pivots et tous ces comtés ont été remporté par les Libéraux en 2014, alors il n'y a aucun gain net à prévoir pour ce parti. D'ailleurs, parmi ces comtés en danger se trouve Laurier-Dorion, où le député Gerry Sklavousnos siège maintenant comme indépendant.



Le Parti québécois est en tête dans pas moins de 17 comtés pivots, dont dix ont été remportés par le PLQ en 2014 et cinq par la CAQ, alors il y a définitivement un potentiel de gain ici pour le PQ.

Cependant, la prudence est de mise: dans la liste ci-dessous, le PQ possède une probabilité de victoire inférieure à 55% dans sept comtés, alors cette avance est extrêmement fragile.

Il sera intéressant de constater s'il y aura un effet GND dans Hochelaga-Maisonneuve. Évidemment, il ne faudrait pas non plus négliger l'importante attention médiatique récente accordée à Manon Massé et son travail pour sauver la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques, comté voisin d'Hochelaga-Maisonneuve. Les prochains chiffres Léger pourront sans doute nous éclairer là-dessus.



La CAQ possède pour l'instant huit comtés pivots, dont trois ont été remportés par le PLQ en 2014. Le PQ est compétitif dans six de ces huit comtés.



Finalement, Québec solidaire détient un comté pivot, celui de Mme Massé.


En additionnant les comtés pivots avec les comtés sûrs et les comtés solides, voici ce que nous obtenons:



Le PLQ atteint un total de 51 sièges. Le PQ est juste derrière avec 49. La CAQ est à 22 sièges (le même score qu'en 2014) et Québec solidaire et à 3 (aussi le même score qu'en 2014).

On remarque qu'aucun parti ne semble près d'atteindre les 63 sièges requis pour former un gouvernement majoritaire.


En conclusion


Parmi les comtés pivots indiqués ci-dessus, il y a de nombreuses circonscriptions où les probabilités sont ridiculement serrées, où quelques fractions de point d'un parti à un autre pourraient faire chavirer le portrait de la projection.

Ajoutons une derrière barre à notre graphique des totaux de sièges: le nombre de circonscriptions pivots où chaque parti arrive au deuxième rang. Cette donnée nous indique la possibilité de gain net réaliste si le vent devait tourner pour un parti ou un autre. Voyons ce que ça donne:



Le Parti libéral arrive au deuxième rang dans 11 comtés pivots, le même nombre que la CAQ. Le Parti québécois compte 13 de ces circonscriptions. Finalement, Québec solidaire arrive deuxième dans deux comtés pivots: Hochelaga-Maisonneuve et Laurier-Dorion.

En additionnant ces totaux, nous avons le PLQ et le PQ avec un potentiel de 62 sièges chacun. La CAQ grimpe jusqu'à 33 sièges et QS jusqu'à 5.

En regardant ces graphiques, certains affirmeront que le sort de la CAQ est jeté et que la course est maintenant entre le PQ et le PLQ. Cependant, nous verrons au cours des prochains billets à quel point un simple mouvement d'à peine 2% pourrait placer la CAQ sur le seuil des 40 sièges et ainsi s'approcher du pouvoir. Rien n'est joué encore.

Évidemment, un mouvement de 2% vers le PQ viendrait non seulement réduire la CAQ à une poignée de sièges, mais placerait les Libéraux sur le sellette.

C'est à suivre.

L'analyse de la dernière projection Qc125 se poursuivra dans les prochains jours.

Bon dimanche à tous et toutes!


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