samedi 15 avril 2017

Et s'il y avait une réelle convergence souverainiste?

Ce billet contient probablement le calcul le moins scientifiquement précis depuis la création de Qc125. Je vais me risquer avec de la pure spéculation appuyée avec quelques calculs simples. Toutefois, j'écris d'amblée que les chiffres de ce billet ne sont pas des projections, mais bien de la spéculation.

Plusieurs lecteurs et lectrices m'ont demandé d'explorer les résultats hypothétiques d'une alliance souverainiste. À première vue, cela semble être une tâche assez simple et directe, mais comme disent les anglos: the devil is in the details.

Un plus un n'égale pas toujours deux en politique...

Le sondage Léger de mars 2017 contenait la question suivante:

(Source)

J'ai lu et entendu souvent que le PQ risquerait gros à s'allier avec QS, car il s'éloignerait du centre de l'axe gauche-droite. La CAQ accueillerait alors de certains de ces électeurs.

Quant aux électeurs QS, certains seraient certainement déçus de voir leur formation grandissante s'allier avec un parti qui ne partage pas tous leurs idéaux politiques. De plus, une fraction non négligeable des électeurs solidaires ne sont pas des souverainistes purs et durs (plusieurs de ces mêmes électeurs ont préféré le NPD au Bloc lors des deux dernières élections fédérales...).

Dans le sondage Léger, 9% des électeurs péquistes seraient contre une « alliance » avec QS. De plus, 26% des électeurs solidaires sont du même avis.

Évidemment, quel type d'alliance qui serait proposée n'est pas inclus dans la question. On imagine que les résultats de cette enquête seraient extrêmement variés si on proposait une alliance temporaire pour quelques comtés ou carrément une fusion de partis politiques.

Le scénario le plus simple à modéliser est une fusion des partis souverainistes: PQ-QS-ON. Nommons cette alliance le PSQ: le Parti souverainiste du Québec (Je sais très que ce ne serait pas le nom choisi pour une telle alliance. J'invente un scénario fictif, dois-je le rappeler. Laissez-moi m'amuser un peu.)

Voici les vecteurs d'électeurs les plus probables dans un tel scénario:



Voici donc les variables. Évidemment, toutes ces valeurs possèdent un haut niveau d'incertitude.
  • Parmi les électeurs péquistes, 9% refusent cette alliance (voir chiffres Léger ci-dessus) et quittent le PQ pour la CAQ;
  • Un électeur solidaire sur trois (soit 33% = 26% de ceux qui s'opposent à l'alliance selon la question Léger ci-dessus + 7% parmi les indécis à cette même question) s'oppose à l'alliance. Ces électeurs voteraient pour un autre parti (pas PLQ, ni PQ, ni CAQ). En fait, on peut supposer que ces électeurs souhaiteraient sans doute le retour du NPD-Québec;
  • Une fraction importante des électeurs d'Option nationale se joint à l'alliance souverainiste, soit 49 électeurs sur 50 (98%);
  • Quant aux électeurs caquistes, devant cette nouvelle alliance souverainiste, un électeur sur vingt (5%) décide d'appuyer le PLQ pour supporter l'option fédéraliste;
  • Les Verts et les Conservateurs ne sont pas directement influencés par l'alliance.

Voici donc le scénario proposé:


Évidemment, je le répète, chacun des ratios indiqués ci-dessus possède un haut niveau d'incertitude. Malgré que ces proportions soient toutes sujettes à débat, je ne crois pas non plus qu'elles soient « dans le champ ». (Et si elles le sont, je suis persuadé que des lecteurs me le feront savoir avec politesse et courtoisie sur la page FB de Qc125...)

Donc, en utilisant les données de la dernière projection Qc125 (3 avril 2017), quelles seraient les probabilités de victoire pour chaque parti? Majoritaire ou minoritaire? Quelles seraient les projections de sièges et du vote populaire?

Voici.


Projection d'une élection avec un seul parti souverainiste


En utilisant les distributions d'électeurs post-alliance indiquées sur la figure plus haut, voici la projection du vote populaire:



Selon les données hautement spéculatives de cette simulation, le Parti libéral du Québec obtiendrait en moyenne la plus grande part du vote populaire avec 35,5%. Le Parti souverainiste du Québec viendrait tout juste derrière avec 32,5%. La Coalition Avenir Québec recevrait 24,2% des voix.

Le Parti conservateur d'Adrien Pouliot demeurerait à 1,6% et le Parti vert du Québec, à 1,0%.




Le PLQ serait projeté pour gagner le vote populaire dans 83% des simulations. Le PSQ remporterait la pluralité de votes dans les 17% restants.

Regardons maintenant la projection de sièges:



Le PSQ serait un léger favori pour remporter le plus grand nombre de comtés avec une moyenne de 53,0 sièges, contre 51,8 sièges pour le PLQ. La CAQ conserverait une fraction respectable de sa base et gagnerait en moyenne 20,1 sièges.

Pour visualiser à quel point le décompte de sièges serait serré dans un tel scénario, considérez la distribution statistique suivante:


La courbe de sièges du PSQ est légèrement en avance sur celle du PLQ, mais ces courbes sont quasiment superposées.

Quelles seraient alors les probabilités de victoire de chaque parti?



Le PSQ serait encore une fois légèrement favori pour remporter l'élection, mais le scénario le plus probable serait un PSQ minoritaire avec la balance du pouvoir à la CAQ. En effet, le PSQ remporte 54,1% des simulations, contre 42,4% de simulations victorieuses pour les Libéraux. La CAQ ne remporte aucune simulation.

Voici la distribution des sièges remportés en fonction du vote populaire:



On remarque que le PSQ et le PLQ se distancient de la CAQ. Encore une fois, le PLQ demeurerait en avance pour remporter le vote populaire, mais le vote du PSQ serait bien plus efficace, ce qui donnerait un léger avantage aux souverainistes.

Voici la distribution régionale des partis en tête dans chaque circonscription:



Sur la figure ci-dessus, le PSQ est en tête dans 59 circonscriptions, mais 21 de ces comtés sont des pivots, alors la performance du PSQ dépendrait grandement de sa capacité à faire sortir le vote. La CAQ remporte en moyenne 20 sièges, mais n'est en tête que dans 11 circonscriptions. Plusieurs comtés des Laurentides, Lanaudière et de l'est de la Montérégie seraient des comtés pivots entre le PSQ et la CAQ.



En conclusion



Est-ce qu'une telle alliance est souhaitable ou même réalisable? Ce n'est pas à moi de s'exprimer là-dessus, mais une chose est claire: une réelle convergence des partis souverainistes ne garantirait pas une victoire d'un hypothétique PSQ.

La gauche québécoise perdrait sa voix. Les fédéralistes se sentant menacés par une telle alliance souverainiste se sentiraient peut-être contraints d'appuyer le PLQ, malgré qu'ils soient en désaccord avec la plupart de ses politiques. De nombreux caquistes seraient aussi tentés de se rallier soit au PLQ ou au PSQ pour supporter leur vision de la question nationale. En fait, en écrivant ce billet, je réalise à quel pour ce scénario hypothétique ressemble aux années 1990, où toute, mais absolument toute la politique au Québec revenait sur la question nationale.

L'addition et la popularité de nouveaux partis tels que la CAQ, QS et même le PCQ (dans la région de Québec en particulier) reflète peut-être qu'une bonne partie de l'électorat ne souhaite pas revenir en arrière? Il est tout à fait légitime pour les souverainistes de souhaiter une telle alliance, mais il est important de souligner que la somme du vote populaire du PLQ et de la CAQ dépasserait de loin le vote populaire du PSQ. Donc, si le PSQ devait remporter une victoire minoritaire, il n'y a aucun doute que le PLQ et la CAQ empêcheraient toute démarche visant à promouvoir la souveraineté du Québec.

Nous serions, encore une fois, dans une impasse.




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