vendredi 16 juin 2017

Simulation d'une proportionnelle pure et pourquoi j'ai des réserves envers une proportionnelle mixte

Je trouve intéressant de croiser les intentions de vote des sondages récents et de jouer à la «politique-fiction» en calculant de quoi aurait l'air la composition de l'Assemblée nationale si un système de représentation proportionnelle était mis en place.

Il y a des murmures qui se font entendre à ce sujet depuis de nombreuses lunes: dès que le gouvernement, peu importe le parti qui le dirige, deviendra minoritaire, suffisamment de députés pourront s'allier et voter pour un changement du mode de scrutin.

Auront-ils le courage?

Honnêtement, j'ai cru en 2012 que le gouvernement minoritaire péquiste de Pauline Marois aurait pris en charge ce dossier épineux, mais ça n'a pas été fait.

Certains y ont vu des raisons politiques: notre système uninominal à un tour ou «First Past The Post» (FPTP) a rarement produit de grandes anomalies par le passé et, sans dire qu'il est parfait, ce n'est pas un système aussi horrible que certains le prétendent.

Certains y ont vu des raisons cyniques: le Parti québécois ne serait vraiment pas avantagé dans un système proportionnel. En adoptant une forme de proportionnelle, le PQ aurait pu dire «au revoir» au pouvoir pour longtemps. 

Pourtant, d'un point de vue purement électoraliste, aucun des partis majeurs à l'exception évidente de Québec solidaire ne devrait désirer une forme ou une autre de représentation proportionnelle:

  • La CAQ possède présentement des probabilités raisonnables de prendre le pouvoir avec le système actuel. La CAQ est présentement favorite dans le 450 et à Québec. Avec un peu de travail en région, elle peut se permettre de rêver à une éventuelle majorité si le PQ continue de glisser.

  • Le PQ aussi pourrait gagner l'élection s'il se ressaisit là où la CAQ gagne du terrain. Dans un mode proportionnel, aucun parti ne gagnerait une majorité de siège. Si les péquistes rêvent encore d'un troisième référendum, ce n'est pas avec une proportionnelle qu'ils pourront l'obtenir. Le système FPTP est avantageux pour le PQ: son vote est distribué presque partout dans la province, alors il est hautement efficace. Les simulations Qc125 des derniers mois sont claires là-dessus: pour l'emporter, le PQ n'a pas besoin de battre le PLQ au vote populaire, il doit seulement s'approcher du score des Libéraux (en espérant que la CAQ ne grimpe pas trop). 

  • Le PLQ performerait plutôt bien dans un scrutin proportionnel, malgré qu'il ne serait plus majoritaire. En effet, la concentration du vote libéral à Montréal, Laval et Gatineau produit une grande quantité de «votes gaspillés». Ces votes prendraient un poids plus imposant dans une proportionnelle que dans le FPTP actuel. Mais la fin des gouvernements majoritaires? Je ne vois pas comment les Libéraux pourraient désirer cela.


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Le Mouvement Démocratie Nouvelle (MND) a proposé il y a quelques années un système proportionnel mixte, où le nombre de députés élus par circonscription serait diminué de 125 à 78. À cela s'ajouteraient 50 députés élus selon une forme de proportionnelle compensatoire.

Malgré que ce système contienne quelques attraits intéressants en transformant complètement notre système parlementaire, il renferme aussi quelques atomes crochus qui me font sérieusement grincer des dents.

Un des problèmes du mode de scrutin FPTP est que le vote populaire et le nombre de sièges remportés par les partis ne correspondent pas d'un point de vue mathématique. Un parti qui obtient 40% du vote peut remporter 60% des sièges et diriger un gouvernement majoritaire - malgré que 60% des électeurs n'aient pas voté pour ce parti.

Je concède que c'est un problème.

Mais cet aspect pervers du FPTP provient d'un trop faible nombre de circonscriptions. Si le Québec était divisé, par exemple, en 250 circonscriptions plutôt que 125, les parts du vote populaire et de sièges seraient beaucoup plus rapprochées. En effet, plus le nombre de circonscriptions grandit, plus le pourcentage du vote populaire et des sièges se rapprochent.

En réduisant le nombre de circonscriptions à 78, le modèle proposé amplifie le problème principal du système FPTP.

Le modèle proposé distribue ensuite un total de 50 députés selon les parts du vote populaire, mais de façon compensatoire (autre façon de dire «récompensons ceux qui ont perdu»). Donc, un parti qui performe bien dans les 78 circonscriptions serait alors puni dans la distribution des 50 sièges de la proportionnelle.

Cela créerait alors deux classes de députés: 78 élus directement par les électeurs de leurs circonscriptions et 50 sélectionnés par leurs partis respectifs.

Les 78 députés devront faire face à l'électorat à chaque élection.

Les 50 autres seront choisis d'une liste assemblée par leur parti. Chaque parti serait libre de sa gestion de liste. On imagine que les membres de parti décideraient de l'ordre des candidats sur leur liste en assemblée générale.

Que devra-t-on faire pour être (et demeurer) haut placé sur cette liste? Remplir les coffres du parti?

Ces candidats qui seront classés parmi les premiers de chaque liste (et donc seraient assurés d'un siège à l'Assemblée nationale) seront virtuellement indélogeables par l'électorat. Je crois qu'il s'agit là d'un énorme problème.

En effet, des chefs de partis et des candidats-vedettes impopulaires ont, par le passé, échoué de convaincre leurs électeurs de les envoyer à l'Assemblée nationale pour les représenter:

(Rappelons qu'en 2012, les électeurs de Sherbrooke ont mis à la porte le chef libéral Jean Charest. Toujours en 2012, le Dr Gaétan Barrette, alors candidat-vedette de la CAQ, a été battu dans le comté de Terrebonne. En 2014, c'est la cheffe péquiste Pauline Marois qui a mordu la poussière dans Charlevoix-Côte-de-Beaupré. La liste est longue.)

Il s'agit ici d'un aspect fondamental de notre démocratie: les électeurs votent directement pour leurs représentants.

Les candidats placés haut sur une liste de parti n'auront jamais à faire face à l'électorat, mais seulement aux membres de partis. C'est une forme de représentation complètement différente, certes, mais je ne vois pas comment notre démocratie se porterait mieux sous un tel système.

Peut-être que le problème n'est pas dans le système lui-même, mais dans la façon dont plusieurs citoyens l'interprètent. Un petit rappel aux électeurs: vous ne votez pas pour un parti politique, mais pour un candidat qui représentera votre circonscription. Si votre candidat décide de lui-même d'agir en mouton et accepte de devenir un vulgaire back bencher qui vote du côté de son parti quoiqu'il arrive, peut-être que vous ne devriez plus voter pour ce candidat?


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Ceci étant dit, malgré qu'une proportionnelle pure ne semble pas être au menu pour l'instant (pourquoi pas?), je me permets quand même de présenter ces résultats, car je les trouve intéressants.

J'utilise les données de la dernière projection Qc125 qui date du 21 mai dernier. Dans cette simulation, un seuil minimal de 5% du vote populaire est nécessaire pour obtenir un part de sièges. Pour l'instant, le PLQ, le PQ, la CAQ et QS sont les seuls partis qui se qualifient pour obtenir des sièges.

D'abord, un petit rappel: voici les projections du vote populaire de la dernière projection. Le PLQ est en tête avec un vote populaire moyen de 32,0%. La Coalition Avenir Québec prend la deuxième place avec 26,8% et le PQ tombe au troisième rang avec 24,1%. Québec solidaire obtient une moyenne de 12,5% du vote.



Le Parti conservateur du Québec est à 1,7%. Le Parti vert à 0,7% et Option nationale à 0,4%.

En prenant ces chiffres, quelles seraient alors les projections de sièges dans un scrutin purement proportionnel?

Voici:



Le PLQ obtient en moyenne 41,9 sièges (-7,6 par rapport au scrutin FPTP). La CAQ remporte 35,1 sièges (-5,6). Le Parti québécois récolte 31,6 (+1,6) et Québec solidaire 16,4 (+11,7!). Comme vous pouvez le remarquer sur la figure, aucun parti n'arrive près du seuil des 63 sièges. Selon la projection, nous aurions assurément un gouvernement minoritaire - ce qui serait un reflet conforme de l'électorat.





Évidemment, dans un système proportionnel, l'électorat doit s'attendre à des ententes et des coalitions, à la fois durables et ponctuelles. Comme aucun parti ne détiendrait une majorité, chaque projet de loi, même mineur, devrait être écrit avec une recherche du consensus.

Qui serait à la tête du gouvernement?



Le PLQ obtient la pluralité de sièges dans pas moins de 97,3% des simulations. Loin derrière se trouve la CAQ avec 0,6%. Un scénario où le PLQ et la CAQ sont à égalité survient dans 2,1% des simulations.



En conclusion


J'applaudis le Mouvement Démocratie Nouvelle pour leurs idées et convictions, même si j'ai de sérieux doutes sur la proportionnelle mixte qu'ils ont proposée.

En fait, tant qu'à être représenté par deux classes de députés, pourquoi ne pas carrément les séparer en deux chambres?

Des députés et des sénateurs?

(Des sénateurs élus, contrairement au système archaïque du gouvernement fédéral.)

Les députés élus en FPTP formeraient la classe législative telle que nous la connaissons. Le sénat pourrait être élu par des élections à date fixe avec un système purement proportionnel.

Vous trouvez cette idée folle? Pourtant, elle ressemble beaucoup à celle du MDN.

Et des idées folles, l'internet en est rempli.

Bon vendredi à tous et toutes!



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