lundi 14 août 2017

Les scénarios victorieux pour le PLQ, la CAQ et le PQ

Pour espérer prendre le pouvoir, un parti politique doit connaître non seulement sa base d'électeurs, mais sa distribution géographique. Trop de ressources dépensées dans les mauvaises circonscriptions ou pas assez de temps investi dans les régions-clés peut faire la différence entre une victoire et une défaite, en particulier si l'élection s'annonce serrée.

Un exemple récent est l'élection de 2012: saviez-vous que seulement 842 voix (sur 4,16 millions) auraient pu complètement chavirer le résultat de l'élection?

Dans la circonscription de Saint-François (Cantons de l'Est), le Parti québécois l'a emporté par 65 voix sur le PLQ. Plus au nord, dans Abitibi-Est, le PQ candidat péquiste a battu son rival libéral par 777 voix.

Ces 842 voix (65+777) d'avance pour le PQ ont changé le cours de l'histoire politique au Québec.

Rappelons-nous que le Parti québécois avait remporté cette élection avec 54 sièges contre 50 pour les Libéraux (19 pour la CAQ et 2 pour QS). Sans ces 842 voix, le PQ et le PLQ auraient terminé tous deux avec 52 sièges. Dans une telle éventualité, les Libéraux auraient eu l'opportunité, avant le PQ, de rencontrer le Lieutenant-Gouverneur du Québec et tenter de gagner la confiance de l'Assemblée nationale.

Est-ce que la CAQ, qui détenait la balance du pouvoir, aurait conclu une alliance avec le PQ pour défaire les Libéraux? Rien n'est si sûr. Avec Jean Charest défait dans sa circonscription de Sherbrooke, nous aurions peut-être vu un candidat libéral (Jean-Marc Fournier? Raymond Bachand?) prendre les rênes du parti et du gouvernement...

Mais assez de politique-fiction.

La leçon ici est que les partis doivent connaître leurs forces et leurs faiblesses régionales s'ils espèrent l'emporter. Nous allons donc jeter un coup d'oeil aux scénarios de victoires du PLQ, de la CAQ et du PQ.


Selon les données de la dernière projection Qc125, les Libéraux seraient favoris pour conserver le pouvoir si une élection avait lieu maintenant, mais ils perdraient probablement leur majorité à l'Assemblée nationale. La probabilité d'une victoire libérale minoritaire est de 56,5% et majoritaire, 6,7% (pour un total de 63,2%).

De son côté, la CAQ remporte 33,3% des simulations de la dernière projection (33,2% minoritaire et 0,1% majoritaire).

Finalement, le Parti québécois remporte une pluralité de sièges dans 0,9% des cas (minoritaire à chaque fois).




La méthode est bien simple: j'isole les simulations remportées un parti x et je compile les moyennes de comté en comté pour ces simulations. Ceci nous donnera un portrait des circonscriptions-clés pour chaque parti.



Les scénarios de victoires libérales



Les comtés solides libéraux sont bien connus: l'ouest de Montréal, Laval, l'Outaouais et les Cantons de l'Est. Cependant, ces circonscriptions à elles seules sont nettement insuffisantes pour remporter une élection. Voici la moyenne des 6 319 simulations (sur 10 000) où le PLQ remporte le plus de sièges:



C'est sans surprise que, pour demeurer le pouvoir, le PLQ doit conserver au moins quelques-unes de ses circonscriptions de Québec et de Chaudière-Appalaches (sur la figure ci-dessus, il en conserve huit). De plus, la Mauricie sera une région cruciale pour le PLQ et la CAQ (en 2014, le PLQ avait balayé la Mauricie). On peut s'attendre à des résultats serrés dans ces circonscriptions.

(Cliquez pour agrandir.)


D'autres régions-clés pour les Libéraux sont l'Abitibi et le Saguenay-Lac-Saint-Jean (où le PLQ détient quatre comtés au total). Si ces électeurs tournent le dos aux Libéraux, une victoire libérale sera de plus en plus difficile à atteindre.



Les scénarios de victoires caquistes



C'est un fait bien documenté par cette page depuis sa création: la CAQ ne récolte que peu d'appuis hors des axes Québec-Blainville et Lévis-Longueuil. Toutefois, la hausse d'appuis à la CAQ mesurée par les sondages des derniers mois pourrait bien changer tout cela.

Voici la moyenne des 3331 simulations victorieuses pour la CAQ



Pour l'emporter, la Coalition Avenir Québec doit complètement balayer les régions où elle performe bien: nous parlons ici d'un raz-de-marée caquiste dans la Couronne nord, Laurentides-Lanaudière et l'est de la Montérégie.

La CAQ doit aussi chasser les Libéraux de Québec et de Chaudière-Appalaches. La Mauricie, elle aussi, doit tourner au turquoise.

(Cliquez pour agrandir.)


Bref, on doit pouvoir quitter Montréal vers Québec par l'autoroute 20 ou l'autoroute 40 et ne jamais quitter le territoire caquiste.

Dans ces simulations victorieuses pour la CAQ, nous pouvons aussi remarquer qu'elle perce à Laval et dans les Cantons de l'Est.



Les scénarios de victoires péquistes



Et si les sondages sous-estimaient le PQ? Avec les intervalles de vote populaire actuels, le Parti québécois remporte seulement 92 simulations, mais quelques points de plus - en particulier aux dépens de la CAQ - pourraient faire chavirer la projection de sièges en sa faveur.

Voici la moyenne de ces scénarios victorieux péquistes:



Le Parti québécois possède très peu de marge de manoeuvre. Pour remporter une courte minorité, il doit reprendre les sièges lavallois qu'il avait arrachés au PLQ en 2012 (Laval-des-Rapides et Sainte-Rose). Il doit contrer la CAQ dans Laurentides-Lanaudière et l'est de la Montérégie (là où se trouvaient jadis plusieurs bastions péquistes). De plus, le PQ doit espérer l'aide de la CAQ pour chasser les Libéraux de Québec.

Surtout, le PQ doit reprendre le Bas-Saint-Laurent et les régions au nord du Québec. Dans les simulations victorieuses pour le PQ, il remporte 15 des 17 sièges du Bas-Saint-Laurent, de l'Abitibi, du Saguenay et du Nord du Québec.

(Cliquez pour agrandir.)


Contrairement à ce que plusieurs pourraient penser suite aux derniers sondages qui lui ont été défavorables, le Parti québécois pourrait encore causer des surprises à ses rivaux. En effet, le vote péquiste, étant distribué favorablement pour un scrutin uninominal (FPTP), est hautement efficace en termes de sièges versus le vote populaire (plus de détails dans ce billet).

Aussi étrange que cela puisse paraître, si le vote entre les trois partis de tête demeure serré, le PQ pourrait l'emporter (minoritaire) même en terminant troisième au vote populaire. Et oui, la division du vote peut favoriser le PQ.

Par exemple, considérez la simulation #320 de la dernière projection. Voici le vote populaire:
PLQ 29,6%
CAQ 26,8%
PQ 25,1%
QS 14,1%

Et voici la projection de sièges:



Ce n'est qu'un exemple de l'efficacité du vote péquiste, mais il y en a d'autres. Oui, le Parti québécois a chuté dans les derniers sondages depuis le printemps, mais les intentions de vote demeurent tout de même serrées. Un changement de quelques points à peine rendrait la projection de sièges obsolète.

D'ailleurs, il serait grand temps pour nouvelle projection, n'est-ce pas? Dès que les chiffres Mainstreet du mois d'août seront publiés, je lancerai le simulateur.


Bonne semaine à tous et toutes!




Philippe J. Fournier est le créateur de Qc125. Il est professeur de physique et d'astronomie au Cégep de Saint-Laurent à Montréal. Pour toute information ou pour une demande d'entrevue médiatique, écrivez à info@Qc125.com.

Philippe J. Fournier is the creator of Qc125. He teaches physics and astronomy at Cégep de Saint-Laurent in Montreal. For information or media request, please write to info@Qc125.com.

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