mercredi 13 septembre 2017

Les pires et meilleurs scénarios pour le Parti libéral du Québec

Nous terminons aujourd'hui cette série de billets sur les pires et les meilleurs scénarios de chacun des trois premiers partis avec le Parti libéral du Québec. Samedi, nous avons profité du congrès national du Parti québécois pour explorer les scénarios péquistes. Lundi, nous avons poursuivi avec la Coalition Avenir Québec.

(Le cas de Québec solidaire serait traité séparément dans un prochain billet.)


Au pouvoir de 2003 à 2012, puis de 2014 à aujourd'hui, le Parti libéral a bien performé au cours des dernières campagnes électorales (en plus de profiter des largesses occasionnelles de ses adversaires). Ce n'est pas étonnant en regardant les chiffres: ils nous indiquent que le PLQ possède la base démographique la plus solide des partis de l'Assemblée nationale. Avec approximativement le quart de l'électorat francophone (c'était environ le tiers en 2014) et une majorité de l'électorat non francophone, le PLQ n'est descendu sous le seuil des 30% dans aucun sondage publié depuis la création de Qc125 à l'automne dernier.

En plus, à l'exception du sondage Mainstreet de mai dernier qui accordait 32% à la CAQ (ce qui, au travers les fluctuations normales des sondages probabilistes, semble avoir été une donnée aberrante), aucun autre parti n'a atteint le seuil des 30% dans un sondage depuis le Parti québécois en décembre 2016.

Pour l'instant du moins, il semble que le plancher du Parti libéral soit plus élevé que le plafond de ses adversaires.

Toutefois, le vote libéral possède une grande faiblesse: il est géographiquement concentré. Donc, malgré qu'il domine les intentions de vote depuis plusieurs mois, le PLQ est tout de même vulnérable quant aux totaux de sièges requis pour remporter une élection générale.

Si le PLQ remporte le vote populaire par 7% (comme en 2008) ou par 16% (comme en 2014%), il sera assurément le vainqueur de l'élection, mais si l'écart se rétrécit suffisamment (comme en 1994, 1998 et 2012), le PLQ peut être battu au nombre de sièges.

Utilisons les données de la dernière projection Qc125 et regardons d'abord les pires, puis les meilleurs scénarios pour le Parti libéral.


Moyenne des 1000 pires simulations pour le Parti libéral du Québec


Les données de la projection accordent un vote populaire moyen de 31,2% au Parti libéral sur la totalité des 10 000 simulations. En prenant seulement les 1000 pires simulations du PLQ, il descend à 28,8% en moyenne.

[Évidemment, comme les simulations ont été filtrées selon le résultat du PLQ, il est normal que l'écart-type et la marge d'erreur soient bien moindres pour ce parti.]



Évidemment, si PLQ devait chuter de la sorte, la CAQ pourrait en profiter et remporter le vote populaire de justesse. Le Parti québécois surperformerait sa moyenne actuelle de 22,9%, mais occuperait toujours la troisième place au vote populaire.

Quelle serait alors la projection de sièges?



Avec le PLQ en chute, la CAQ aurait toutes les chances de prendre le pouvoir, mais regardez attentivement les marges d'erreur du graphique ci-dessous: elles sont énormes! En effet, si le PLQ s'effondre, les projections de sièges deviennent toutes éparpillées.

La CAQ pourrait remporter de 36 à 64 sièges et le PQ, de 16 à 43. Ceci s'explique par la grande quantité de circonscriptions pivots où le PLQ est peu compétitif (en Montérégie et dans les Laurentides, par exemple). Si le vote libéral devait chuter, vers qui se tourneraient ces électeurs? La projection prévoit que plusieurs iraient vers la CAQ et d'autres s'abstiendraient, d'où l'importante incertitude de ces données.

Voici la distribution régionale de la moyenne de ces pires scénarios libéraux:

[Les chiffres de cette figure indiquent le nombre de comtés où chaque parti est favori.]

Le PLQ ne conserverait que ses châteaux forts de Montréal, Laval et l'Outaouais. Les Cantons de l'Est deviendraient multicolores. Le Nord et le Bas-Saint-Laurent tourneraient presque entièrement au Parti québécois. Québec et Chaudière-Appalaches seraient emportés par une vague turquoise.

(Cliquez sur la figure pour l'agrandir.)


Regardons maintenant les scénarios les plus optimistes pour le Parti libéral.



Moyenne des 1000 meilleures simulations pour le Parti libéral du Québec



Dans ces 1000 simulations les plus optimistes pour le PLQ, chacun des trois autres partis sousperforment leurs moyennes respectives de vote populaire. Résultat: la projection de sièges tourne sérieusement au rouge. Regardons de plus près.

Voici les moyennes et marges d'erreur du vote populaire de ces simulations.



En moyenne, le PLQ prendrait une avance de plus de 7% au vote populaire devant la CAQ, ce qui lui assurerait la victoire. À l'intérieur des marges d'erreur du modèle, le Parti québécois obtiendrait le pire résultat de son histoire.

Toujours est-il que le PLQ n'obtiendrait seulement qu'environ le tiers du vote populaire. Nous sommes loin du 41,6% de 2014.

Pour ce qui est de la projection de sièges, nous pouvons constater qu'il y aurait un clair favori pour remporter l'élection:


Le PLQ frôlerait la majorité de sièges avec 59,3 en moyenne. Dans un tel scénario, les trois partis d'opposition détiendraient la balance du pouvoir. (Pouvons-nous imaginer un gouvernement libéral minoritaire travailler avec Québec solidaire?) La CAQ serait favorite pour devenir l'opposition officielle.

D'ailleurs, parmi ces 1000 simulations se trouvent de nombreux scénarios inquiétants pour le PQ, en particulier si la CAQ se maintient à son niveau actuel (avec 27,7% en moyenne). On retrouve des totaux péquistes étonnants comme une vingtaine de sièges, voire même une quinzaine...

Quelle serait alors la distribution régionale?


Les régions de la Capitale nationale et de Chaudière-Appalaches seraient partagées entre le PLQ et la CAQ. Les Libéraux limiteraient les dommages en Mauricie et parviendraient à conserver leurs sièges des Cantons de l'Est.

(Cliquez pour agrandir.)

Petite observation: dans ces 1000 simulations favorables au PLQ, le comté de Rosemont devient orangé dans près de 55% des cas. (Au total, le PQ est toujours favori dans Rosemont, mais ce comté est une circonscription pivot.)



En conclusion



Si on se fie au rythme régulier des sondages de la firme Mainstreet, le quotidien The Gazette devrait publier de nouveaux chiffres tôt la semaine prochaine. J'en profiterai pour ajuster mes chiffres et ainsi publier une nouvelle projection. Au mois d'août, Mainstreet avait mesuré une légère hausse des appuis au Parti québécois, passant de 22% en juillet à 24% au mois d'août. Remontée ou fluctuation? Nous verrons bien.

Ce seront les premiers chiffres depuis le congrès du PQ. Est-ce que la population a porté attention aux politiques proposées? Au vote de confiance de 92,8% pour la chefferie de Jean-François Lisée?


Bonne journée à tous les lecteurs et lectrices de Qc125! Merci pour votre support.






Philippe J. Fournier est le créateur de Qc125. Il est professeur de physique et d'astronomie au Cégep de Saint-Laurent à Montréal. Pour toute information ou pour une demande d'entrevue médiatique, écrivez à info@Qc125.com.

Philippe J. Fournier is the creator of Qc125. He teaches physics and astronomy at Cégep de Saint-Laurent in Montreal. For information or media request, please write to info@Qc125.com.

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