dimanche 23 décembre 2018

Projection fédérale Qc125: 2018 se termine dans l'incertitude

Les maisons de sondages canadiennes ont été prolifiques dans les dernières semaines. Depuis la fin novembre, pas moins de six firmes différentes ont publié des données sur les intentions de vote des électeurs au pays. Les chiffres publiés diffèrent évidemment d'une firme à l'autre, mais, dans l'ensemble, ils ont capturé une nette baisse de support pour le gouvernement libéral qui termine l'année 2018 du mauvais pied.


[Voici tous les sondages publiés au pays depuis le début de 2018. Pour consulter la liste complète, visitez cette page.]

Nous entrons ces données dans le modèle Qc125 et, à l'aide des sous-échantillons régionaux et démographiques, nous publions aujourd'hui le portrait politique actuel à la veille de la pause de Noël et du Jour de l'An (des détails sur la méthodologie sont disponibles ici).


Projection du vote populaire


Alors qu'il frôlait le seuil des 40% d'appuis au pays à l'automne, le Parti libéral du Canada termine l'année en baisse avec une moyenne de 35,0%. Les troupes de Justin Trudeau auront fort à faire en 2019, car, comme nous le verrons plus bas, un tel niveau de support serait probablement insuffisant pour remporter une deuxième majorité consécutive.


Non loin derrière se trouve le Parti conservateur du Canada avec une moyenne de 33,1%. Les appuis au PCC ont oscillé quelque peu depuis l'été, mais ils semblent plafonner autour de 32% à 33% depuis des mois. Étrangement, la baisse libérale récente n'a que très peu fait augmenter les appuis conservateurs. Si les chiffres se sont resserrés depuis quelques semaines entre le PLC et le PCC, c'est parce que les Libéraux ont glissé, non pas parce que le PCC est en hausse.

De son côté, le Nouveau Parti démocratique grimpe à 16,1%. Même s'il s'agit d'une hausse modeste pour cette semaine, les appuis au NPD ont stagné tout au cours de l'année. Peu importe la région du pays, le NPD demeure en nette baisse depuis le départ de Thomas Mulcair. Nous pouvons parier que plusieurs électeurs néo-démocrates retiendront leur souffle lors de l'élection partielle de Burnaby-Sud au printemps prochain, où Jagmeet Singh tentera de se faire élire à la Chambre des Communes pour la première fois. Une révolte du caucus néo-démocrate pourrait bien survenir si M.Singh perd cette élection partielle.

Voici les moyennes du vote populaire des principaux partis avec les intervalles de confiance de 95%:




Projection de sièges


Avec un écart aussi serré entre les deux partis de tête au vote populaire, il n'est pas surprenant que la projection de sièges se soit considérablement resserrée aussi. Selon les derniers chiffres, le Parti libéral du Canada conserve la moyenne de sièges la plus élevée avec 166, mais les intervalles de confiance des Libéraux croisent considérablement ceux des Conservateurs:



Le Parti Conservateur du Canada obtient en moyenne 133 sièges selon cette projection, mais son intervalle de confiance s'étend de 92 à 174 sièges - un écart énorme qui s'explique par les variations récentes des intentions de vote au pays.

Le Nouveau Parti démocratique récolte quant à lui une moyenne de 27 sièges, une hausse de près de dix sièges par rapport à la projection précédente, mais un résultat tout de même nettement inférieur aux 44 sièges de 2015 avec Thomas Mulcair.

Au Québec, le Bloc québécois profite de la baisse modeste du PLC et grimpe à une moyenne de 8 sièges.

Le Parti vert du Canada remporte 3 sièges en moyenne, tous sur l'Île de Vancouver en Colombie-Britannique.

Finalement, le Parti populaire du Canada demeure favori dans le comté pivot de la Beauce, soit la circonscription de Maxime Bernier.


Projection du vainqueur



Avec de tels résultats, le Parti libéral remporte le plus grand total de sièges dans trois simulations sur quatre (75,8%) et une majorité de sièges dans seulement 45% des 100 000 simulations effectuées par le modèle.


Le Parti conservateur remporte 23,5% des simulations.



Distribution régionale



Dans les provinces de l'Atlantique, où le Parti libéral a balayé l'entièreté des 32 circonscriptions en 2015, les troupes de Justin Trudeau trônent toujours au sommet, mais un « blanchissage » comme en 2015 semble peu plausible selon les chiffres actuels, car les Conservateurs pourraient enregistrer des gains - particulièrement au Nouveau-Brunswick.




Au Québec, le Parti libéral se trouve toujours en position d'enregistrer des gains importants (par rapport aux 40 sièges en 2015). Les Conservateurs pourraient conserver leurs acquis, particulièrement dans la grande région de Québec. Le Bloc québécois demeure compétitif dans les circonscriptions qu'il a gagnées en 2015. Et le NPD? Il est en chute libre.



En Ontario, où le PLC avait remporté 80 sièges en 2015, nous observons énormément de variations depuis le début novembre. Regardez l'étendue de ces intervalles de confiance:


En effet, les Libéraux récoltent une moyenne de 58 sièges ontariens contre 50 pour les conservateurs, mais l'incertitude est tellement grande que l'on pourrait décrire ce scénario comme une égalité statistique.

Dans les Prairies (MB et SK), les Conservateurs remportent presque tous les sièges à l'extérieur de Winnipeg et la circonscription saskatchewanaise de Ralph Goodale (Regina-Wascana):



En Alberta, où la projection du vote populaire frôle les 60% pour le Parti conservateur, c'est une vague bleue quasi complète. Parmi les 34 circonscriptions albertaines, 33 sont présentement projetées favorites aux troupes d'Andrew Scheer (l'exception est Edmonton Strathcona).



Finalement, la Colombie-Britannique détient certainement la plus grande proportion de comtés pivots et de course à trois au pays. Les Libéraux détiennent une faible avance dans la province, mais le PCC et le NPD sont aussi compétitifs dans de nombreuses circonscriptions. De plus, le Parti vert pourrait aussi enregistrer des gains selon les chiffres actuels, particulièrement autour de Victoria.





En conclusion


Nous terminons l'année 2018 avec un haut niveau d'incertitude dans les intentions de vote au fédéral. Certes, les Libéraux demeurent en tête de cette projection, mais une baisse supplémentaire d'à peine quelques points, particulièrement en Ontario, pourrait faire basculer la projection en faveur du parti d'Andrew Scheer.

Le Québec aura certainement son mot à dire sur la scène fédérale en 2019, car le chemin de la victoire pour le PLC passe par une forte performance au Québec. Comme ils pourraient essayer des pertes en Atlantique, en Ontario et en Alberta, les Libéraux auront besoin d'une importante majorité de sièges au Québec pour compenser ces pertes et assurer leur réélection. Toutefois, si la nomination quasi inévitable d'Yves-François Blanchet à la tête du Bloc québécois parvient à remettre ce parti sur les rails, plusieurs circonscriptions serrées (dans le 450 par exemple) pourraient changer de couleur.

Ce sera une année fascinante.

Joyeux Noël et bon temps des Fêtes à tous et toutes.




Philippe J. Fournier est le créateur de Qc125. Il est professeur de physique et d'astronomie au Cégep de Saint-Laurent à Montréal. Pour toute information ou pour une demande d'entrevue médiatique, écrivez à info@Qc125.com.

Philippe J. Fournier is the creator of Qc125. He teaches physics and astronomy at Cégep de Saint-Laurent in Montreal. For information or media request, please write to info@Qc125.com.